Quand une équipe marketing relance la même campagne email depuis trois ans avec un taux d’ouverture en chute, la cause se trouve souvent dans une stratégie marketing mal adaptée aux contraintes qui ont bousculé le terrain en 2024 : fin programmée des cookies tiers, cadre réglementaire européen sur l’IA, et montée en puissance de canaux publicitaires où la mesure reste floue.
Adapter son marketing en entreprise à ces réalités demande moins de buzzwords et plus de méthode.
Données propriétaires et fin des cookies tiers : le socle à construire avant tout le reste
La disparition progressive des cookies tiers dans les navigateurs a rendu caduques la plupart des mécanismes de ciblage qui alimentaient les campagnes display classiques. On ne parle pas d’un ajustement technique mineur : c’est le modèle d’acquisition de nombreuses entreprises qui perd son carburant.
La réponse opérationnelle passe par les données propriétaires collectées via le CRM, les comptes clients et les newsletters. Un programme de fidélité bien structuré ou un formulaire d’inscription à une newsletter segmentée génère des informations directement exploitables, sans dépendre d’un tiers. Les analyses de marché de 2024 recommandent de compléter ces données par des technologies améliorant la confidentialité (privacy-enhancing technologies), plutôt que de reproduire les anciens modèles de ciblage individuel.
Concrètement, on commence par auditer ce qu’on collecte déjà et ce qu’on sous-exploite. Beaucoup d’entreprises disposent de données d’achat, de navigation sur leur site ou de réponses à des enquêtes de satisfaction, sans jamais les croiser. C’est là que se trouve la marge de progression, bien avant d’investir dans un nouvel outil. Pour approfondir ces leviers, le marketing sur Business Club détaille plusieurs approches adaptées aux PME comme aux structures plus importantes.

IA marketing et AI Act européen : les obligations concrètes à intégrer
La majorité des articles sur les stratégies marketing en 2024 présentent l’intelligence artificielle comme un accélérateur de productivité, point final. On y parle de génération de contenu, de personnalisation des emails, de chatbots. Mais le cadre dans lequel ces outils fonctionnent a changé.
L’AI Act européen impose désormais des obligations selon le niveau de risque du système d’IA utilisé. Un outil de scoring client qui influence l’accès à un service ne se déploie pas comme un générateur de légendes Instagram. La CNIL a publié ses premières recommandations sur le développement de systèmes d’intelligence artificielle, et l’articulation entre AI Act et RGPD conditionne le déploiement légal de toute IA marketing en Europe.
Sur le terrain, cela signifie deux choses. D’abord, documenter chaque usage d’IA dans la chaîne marketing : quel outil, quelles données en entrée, quel impact sur la décision finale. Ensuite, vérifier que la base légale du traitement de données personnelles reste valide quand on ajoute une couche algorithmique. Ignorer ce point expose à des sanctions, mais aussi à une perte de confiance des clients qui deviennent plus attentifs à l’usage de leurs données.
Trois vérifications avant de déployer un outil d’IA marketing
- Identifier la catégorie de risque de l’outil au sens de l’AI Act (risque minimal, limité, élevé ou inacceptable) et adapter la documentation en conséquence
- S’assurer que les données personnelles injectées dans l’outil respectent la base légale définie dans le registre RGPD de l’entreprise
- Prévoir un mécanisme de contrôle humain sur les décisions automatisées qui affectent directement le client (scoring, recommandation de prix, refus d’accès)
Retail media : un levier publicitaire puissant mais difficile à comparer
Les réseaux publicitaires des distributeurs (retail media) se sont imposés comme un canal à part entière pour les marques qui vendent en ligne ou en grande distribution. Leur atout principal : ils disposent de données d’achat propriétaires et proposent une mesure reliant exposition publicitaire et ventes réelles.
Le problème, c’est que chaque réseau utilise ses propres définitions. Ce qu’Amazon considère comme une vente attribuée à une publicité ne correspond pas à ce que Carrefour Links ou Criteo Retail Media mesurent. Les fenêtres d’attribution (le délai entre le clic et l’achat pris en compte) varient, les méthodes de reporting aussi.
Pour une entreprise qui répartit son budget marketing entre plusieurs enseignes, comparer directement les performances entre réseaux de retail media reste aujourd’hui très compliqué. Les retours varient sur ce point selon les secteurs et les volumes investis. Notre recommandation : exiger de chaque réseau un accès aux données brutes et définir en interne une méthode d’attribution unique, même simplifiée, pour arbitrer les budgets.

Stratégie de contenu pour les réseaux sociaux : produire moins, mieux cibler
Publier tous les jours sur trois plateformes sans stratégie de contenu claire ne génère ni engagement ni clients. On observe que les entreprises qui obtiennent des résultats concrets concentrent leurs efforts sur un ou deux réseaux sociaux où leur audience est réellement active, plutôt que de disperser leurs ressources.
La question à se poser n’est pas « quel format est tendance » mais « quel contenu répond à une question que nos clients se posent avant d’acheter ». Un carrousel LinkedIn qui détaille un cas d’usage produit avec des données réelles performe mieux qu’une vidéo générique sur les valeurs de l’entreprise.
Critères pour arbitrer entre les formats de contenu
- Le format correspond à un comportement de consommation réel de votre audience (pas à une tendance globale TikTok si vos clients sont sur LinkedIn)
- Le contenu peut être réutilisé ou décliné sur un autre canal (newsletter, article de blog, support commercial) sans repartir de zéro
- La production est soutenable avec les ressources internes disponibles, sur au moins trois mois sans interruption
- Un contenu qui convertit vaut dix contenus qui génèrent des likes : mesurer les leads ou les demandes entrantes, pas uniquement l’engagement
Adapter sa stratégie marketing en entreprise en 2024 repose sur deux ou trois leviers bien maîtrisés, mesurés avec rigueur, et conformes à un cadre réglementaire qui ne cesse de se préciser. Le budget marketing le mieux dépensé est celui dont on peut prouver le retour.



